STEEL-GUITAR STORY - part 3 -
DE HAWAI AU BLUES DU DELTA

Le public américain était encore sous le choc du raz de marée Hawaïen quand une deuxième vague de sons de slide parvint à leurs oreilles, venant du Delta du Mississipi et remontant vers Chicago.

Les guitaristes Hawaïens furent les premiers à populariser les sons de slide, dès la fin du siècle dernier. Open tunings et utilisation d'objets métalliques glissés sur les cordes caractérisaient cette nouvelle technique créée à l'origine par facilité mais qui allait se sophistiquer très vite grâce à des virtuoses comme Sol Hoopi. Parallèlement à ce courant venu du Pacifique les esclaves noirs venus d'Afrique avaient amené avec eux leurs instruments à cordes rudimentaires dont l'arc musical et l'ancêtre du banjo (proche du gimbri que l'on trouve encore en Afrique de l'Ouest). Dans le monde entier, du Viet-nam à Hawaï, glisser un objet le long des cordes fait partie des choix simples pour modifier la hauteur des notes et faire des mélodies. C'était le cas au début du siècle dans les Etats du Sud où des guitaristes noirs jouaient "comme les Hawaïens" ou avec le "diddley bow" que B.B King a connu et décrit comme une corde tendue contre un mur et sur laquelle on glissait une bouteille. Cette fameuse bouteille semble avoir fait tellement partie de l'univers des musiciens que c'est encore vers elle que les bluesmen se tournèrent pour en utiliser le fameux "bottleneck", le goulot de bouteille pour en faire avec son équivalent en métal un accessoire indispensable du blues. La question de la paternité de l'utilisation du slide, qu'il se présente sous forme d'os, de cylindre de bambou, de couteau, de tube de plomberie ou de médicament et de goulot de bouteille importe peu. Ce qui est certain c'est que nul musicien américain du début du siècle n'a pu ignorer les succès et les sons des guitares hawaïennes.

Les spectacles itinérants, les disques et la radio ont fait le reste. Les bluesmen ont trouvé dans cette mode des éléments qu'ils ont repris, adaptés et développés en même temps que les Hawaïens s'appropriaient le Swing. Slides métalliques ou en verre, et guitares résophoniques Dobro ou National sont devenus emblématique du Delta Blues. Bob Brozman précise que même les tunings étaient les mêmes : "L'open de G (DGDGBD) est le premier open que les gens ont utilisé, c'est le tuning universel, celui du Delta Blues identique au tuning Hawaïen de base". Ancré dans la culture noire US le Blues n'a cessé de se développer. Les histoires liées à la vie de tous les jours, le rythme lui ont permis d'évoluer vers le Blues electrique de Chicago, le Jazz et le Rock alors que la musique Hawaîenne, malgré ses virtuoses s'enfermait dans les clichés sirupeux. Mais comme le remarquait Billy Gibbons de Z.Z Top : " Si vous écoutez bien Sol Hoopi vous verrez tout de suite les points communs entre la musique Hawaïenne et ce qui allait devenir le Bottleneck Blues".

Les Hawaïens jouaient avec la guitare à plat sur les genoux avec souvent des instruments au manche carré renforcé pour supporter les grosses cordes (du genre .016-.059). Certains Bluesmen ont adopté cette formule (Tampa Red, Black Ace) surtout s'ils jouaient avec un couteau comme Charlie Patton, pionnier du Delta Blues, mais la plupart jouaient en position standard, accordés en G ou D et alternaient jeu en slide et au bottleneck selon les chansons. Patton ouvrit la voie à Son House, Bukka White, Muddy Waters (qui jouait en open G et E mais aussi en standard), Robert Johnson et Elmore James deux adeptes de l'open de D comme Blind Willie Johnson, le père spirituel de Ry Cooder.
Hawaiians were accustomed to playing their instrument flat on their laps. The necks of these instruments were square shaped and sturdily built to withstand the extra thick strings (from .016 to.059). Some Bluesmen were known to play their instrument just like that (Tampa Red, Black Ace), along with a steel blade like Charlie Patton, one of the Mississipi Blues pioneers. But most musicians played in an upright position, tuned G or D, and playing slide or bottleneck depending on the song. Patton introduced the style and inspired many more such as Son House, Bukka White, Muddy Waters (who played open G end E, but also standard), Robert Johnson or Elmore James who both played open D like Blind Willie Johnson, who became Ry Cooder's mentor.