Même si son usage est quasi universel, le médiator représente un problème pour de nombreux guitaristes débutants, quand ce nest pas un véritable cauchemar. Plusieurs techniques différentes soffrent à eux, les deux principales sont la « scolaire » occidentale basée sur des aller-retours avec poignet plus ou moins collé au chevalet et la « roots » tiers-mondiste, influencée par des instruments comme le oud ou la mandoline, qui privilégie les allers avec poignet « cassé ». Retour et remarques sur ce choix déterminant.
Comment faire sonner une corde? Doigts, plectre ou pourquoi pas archet? Larchet a été abandonné très tôt, dès la Renaissance, même si Jimmy Page la réutilisé comme gadget avec Led Zep. Doigts et plectre ont donc alterné ou cohabité jusquà nos jours. Le médiator, même s'il ne fait pas lunanimité (cf Jeff Beck et Knofler) est un accessoire utilisé dans le monde entier pour la plupart des luths (dont la guitare fait partie).
La matière et la manière de le tenir changent, ce qui a des conséquences importantes sur le son et le style. Le sitar se joue avec un genre donglet en fer recouvrant la dernière phalange, le oud avec un long morceau de plastique souple, le plectre du saz est encore plus souple et petit, quant aux Manouches ils utilisent pour leur guitare un morceau décaille ou de plastique épais et dur que les attaques violentes arrondissent rapidement.
Le médiator de base du guitariste moderne étant ce triangle en plastique qui semble avoir été fait pour tenir dans la petite poche du jean et dont il est de bon ton de posséder au moins un dur et un mou pour varier les timbres, surtout en acoustique. Il y en a pour tous les goûts! Voilà en gros pour linventaire, maintenant se pose LA question qui na pas de réponse définitive : comment le tenir et quelle incidence la position du poignet aura-t-elle, non seulement sur le son mais aussi sur le style. Certaines techniques sont elles incompatibles avec certains styles ou, formulé différemment, peut on associer à coup sûr certains styles avec certaines techniques de poignet ?
Pour avoir des éléments de réponses je vais vous faire part de mon expérience personnelle et je crois que beaucoup dentre vous vont se reconnaître dans cet itinéraire. Etant autodidacte jai vite pris conscience que si je voulais faire une carrière professionnelle il me fallait combler mes lacunes en lecture et comme de nombreux musiciens je suis passé à la moulinette Berklee avec ses gammes en aller-retours, poignet ancré sur le chevalet ou appui sur la table. Cette méthode présente des avantages énormes pour la précision rythmique avec des repaires visuels et physiques : tous les temps sont des allers, les 2e et 4e doubles croches sont des retours etc...
Quelques années plus tard..., petite fête entre amis, me voilà convié à faire le boeuf avec des spécialistes de Django, avec ma technique javais tout faux : pas le bon médiator, pas le « coup de plume », donc pas le bon groove, pas le son et même pas de son du tout comparé à mes potes qui tapaient comme des malades. Cétait un élément supplémentaire qui me confortait dans lidée qui se précise chaque fois un peu plus après mes rencontres avec des gratteux du monde entier, quils soient Cubains avec leur très, Touaregs avec leur oud ou Manouches sur leur Selmer. Tous ont en commun cette même manière dattaquer les cordes qui respecte le plus la dynamique purement acoustique. Pour sexprimer ils ont adopté le même type de position de poignet, suspendu à angle droit au dessus des cordes qui sont ensuite frappées avec une économie maximale des attaques qui rappelle le « sweeping » de Gambale. Cette position permet aussi d envoyer à la demande des rafales de quadruples croches en tremolo, élément caractéristiques des musiques « world ». Le mois prochain à laide dexemples nous comparerons les effets des deux méthodes.