STEEL-GUITAR STORY
- 2ème partie -

HAWAI ACOUSTIQUE

Un siècle après son introduction triomphale aux USA, la guitare Hawaïenne est toujours d’actualité. Ben Harper et sa Weissenborn saturée sur MTV, Jerry Douglas et son Dobro dans les studios de Nashville, chacun a répondu à sa manière à «l’appel de Hawaï».

Ce n’est que vers 1810 que Hawaï découvrit la guitare «espagnole» amenée par des missionnaires. Puis ce furent les cow-boys Mexicains et les marins Portuguais qui en firent la promotion dans l’île si bien qu’à la fin du siècle la guitare faisait partie du paysage, mais à une différence près: les chanteurs Hawaïens se l’étaient appropriée et la jouaient à leur façon, à plat sur les genoux, en open, avec un slide qui leur permettait d’imiter plus facilement leurs prouesses vocales.

Qui fut l’inventeur de cette manière de jouer? Sans doute un esclave amené des Indes à Honolulu, Gabriel Davion, qui s’inspira du jeu du gottuvadyam, la slide indienne. Mais officiellement c’est vers 1880 que Joseph Kekuku commença à faire connaître cette technique caractéristique. L’île entière se mit à glisser. Tout était bon pour servir de slide: peignes, couteaux, tubes de verre, cylindres en métal, etc… Puis dès la fin du siècle les orchestres se rendirent sur le continent US avec musiciens, chanteurs, danseurs et bien sûr leurs guitares. Ils devinrent des attractions spectaculaires lors d’énormes manifestations comme l’Exposition Universelle de Chicago ou la célébration du canal de Panama en 1915. A l’époque c’était une très bonne façon de se faire connaître, il y eu 17 millions de spectateurs.

La musique Hawaïennes connut très vite un énorme succès aux USA jusqu’aux années 40. En 1916 l’industrie du disque US vendit plus de musique Hawaïenne que tous les autres styles réunis et tous les fabricants de guitares proposèrent des modèles Hawaïens ou des kits d’adaptation avec barre en acier, élévateur de sillet, onglets, thumb-picks et méthodes. Le fait de surélever les cordes d’une 6 cordes acier normale amenait une première réponse au problème de volume que rencontraient déjà les guitaristes Hawaïens. Puis vinrent les modèles Hawaïens spécifiques avec manches carrés, frettes souvent dessinées et cordes à 2cm: Weissenborn créa un modèle à manche creux en koa à en 1915. Il fut suivi par Martin, National (la première résophonique avec résonateur interne) en 1927 et les Rickenbacker électriques en 1932. Même Selmer en proposa en France.

Sol Hoopi fut la plus grande star. Il développa un style où il incorporait avec virtuosité des éléments blues et jazz d’abord sur une Martin puis sur un tricône National et dans les années 30 sur une Rickenbacker électrique. Il eu même les honneurs du cinéma Hollywoodien.

Les musiciens américains de tous horizons furent donc sous influence. Beaucoup en adoptèrent la technique de slide et les instruments du type National ou Dobro popularisés par les stars Hawaïennes.
Deux styles d’utilisation se sont dessinés: position standard ou à plat. La position standard s’est développée dans le blues bottleneck de Robert Johnson à Duane Allman. La position à plat a été aussi utilisée en Blues, et s’est perpétuée dans le Western Swing électrique et dans la Country avec la pedal-steel. Mais c’est dans le Bluegrass que les utilisations acoustiques sont les plus fréquentes. Après Mike Aulridge c’est Jerry Douglas qui porte le Dobro (accordé GBDGBD) vers des sommets techniques que l’on ne soupçonnait pas. Quant à Ben Harper, on lui doit d’avoir (après Ry Cooder) redonné vie à la Weissenborn (accordée souvent 1 ton au dessous DGCFAD ou CGCGCE ou DADDAD en plus des open D et G standard) dans un style iconoclaste où se mêlent slide saturée, rock, boucles hip-hop et plans Delta-blues.

L’intérêt principal pour un guitariste c’est d’éviter que les cordes frisent, d’avoir ainsi plus de volume (grâce aussi aux 2 onglets et au thumb-pick) et un meilleur sustain, les cordes sont plus hautes et plus grosses (le Mi aigu est entre 0.13 et 0.18). Il est plus facile d’éviter les résonances parasites, essayez, vous serez certainement tentés par l’expérience Hawaïenne qui, comme le prouve Ben Harper ne se limite pas aux versions kitsch style «Blue Hawaï».


Extrait de Ben Harper