GUITARES CUBAINES
(1ere partie)

Subtilité harmonique, richesse mélodique et complexité rythmique sont les ingrédients qui font de Compay Segundo et de ses amis du "Buena Vista Social Club" les meilleurs ambassadeurs de la musique Cubaine auprès des guitaristes du monde entier. Avec une analyse de leur "tube" planétaire "Chan Chan" produit par Ry Cooder on comprend mieux ce qui a attiré le guitariste US dans les studios de La Havane.

Sous le nom de "Buena Vista Social Club" se cache la fine fleur des musiciens Cubains qui, depuis les années 30, ont construit les bases de la Salsa et de la musique Cubaine actuelle. Ces racines trouvent leurs origines dans les campagnes où les musiques venues d'Afrique, d'Espagne et de France (via Haïti) ont donné naissance dès le début du XX° siècle au "Son", style musical désormais traditionnel dont on dit qu'il est à la musique Cubaine ce que le Blues est à la musique Américaine. Comme dans le blues, on chante le quotidien. Comme dans le blues les guitares acoustiques ont un rôle primordial pour accompagner le chant. Le reste de l'orchestre étant souvent composé de "très" ou du "quatro", petites guitares des Caraïbes, de la contrebasse et des percussions (maracas, guiro, bongos et clave).
Le "Son" est donc essentiellement acoustique et les guitaristes dialoguent avec le chant selon un shéma traditionnel de questions-réponses où l'improvisation est l'occasion de se mettre en valeur. Vous connaissez Eliades Ochoa qui a déjà été à l'honneur dans ce cahier acoustik (n°114) mais le plus illustre, et le plus vieux représentant du "Son" est Compay Segundo, 90 ans, guitariste, compositeur, chanteur, showman vedette depuis les années 40, premier à enregistrer un 78 tours en 1937 et disque d'or 60 ans plus tard dans le monde entier grâce à Wim Wenders et Ry Cooder qui dit de lui : " C'est le dernier des meilleurs, le leader, le pivot". Imprégné des musiques des "trovadores" qui sillonnaient la campagne Cubaine, Compay Segundo popularisa ce style dans les villes. Il est l'un des principaux artisans de l'évolution du "Son" au cours de ce siècle. Pour imposer son style il "customisa" sa guitare en lui ajoutant une 7° corde, doublant le Sol à l'octave. Il lui donna le nom d' "armonico". (Les guitaristes de Nashville ont eu une idée comparable mais eux se sont contentés de remplacer le Sol par un Sol aigu, c'est le High G tuning).

Sa composition "Chan Chan" qui ouvre le Cd du BVSC est une excellente occasion de faire mieux connaissance avec cette musique. D'abord la chanson est agréable, les harmonies familières et reconnaissables, la mélodie mémorisable, bref son exécution ne semble pas poser problème. Mais attention, c'est là la force d'une bonne chanson et des bons musiciens de faire passer en douceur toutes les subtilités harmoniques et rythmiques qui peuvent facilement se transformer en piège pour un musicien non initié. Rythmiquement, les musiques Cubaines sont parmi les plus sophistiquées et ceux d'entre vous qui ont "jammé" avec des Cubains en sont rarement ressortis indemnes. "Chan Chan" est basée sur un cycle de 4 mesures, alternant chant et instrumental.
Ce mois-ci je vous propose de voir comment s'articulent les 3 parties principales : chant, thème instrumental et guitare rythmique. Nous verrons les solos la prochaine fois. Ne vous contentez pas de mises en places " à peu près" bonnes. Ca ne marche que si chant et guitares s'imbriquent parfaitement. Attention en particulier à ne pas (trop) presser, les anticipations qui sont un élément caractéristique du style sont un véritable encouragement à l'accelération, et la version originale en est la preuve. Voici un sample de la partie rythmique en RealAudio, telle que je la joue, aux doigts. Mais si vous êtes plus à l'aise au médiator, à condition que ça "groove", no problemo!



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