ALLER-RETOUR ou ALLER SIMPLE ?

La popularité des musiques du monde, qu’elles soient cubaines, orientales ou manouches amènent de plus en plus de guitaristes occidentaux jouant au médiator à revoir leur technique de main droite pour jouer les plans « world » avec le son.
Les allers-retours privilégiés par les méthodes modernes se trouvent alors remis en question par l’"economy-picking" développé spontanément par ces guitaristes autodidactes. Comme tous les guitaristes de la rock-generation j’ai toujours remarqué le fossé qui nous séparait des "anciens" venant d’une autre école, essentiellement acoustique, sans localisation particulière puisque ce "coup de plume" est quasiment le même de la Corse à Cuba. Enrico Macias en est aussi un parfait exemple. Ces attaques de main droite privilégiant la fluidité, l’efficacité et l’économie d’énergie trouvent selon moi leur origine à deux niveaux. D’abord l’influence des instruments cousins populaires utilisant cette technique, comme le plectrum banjo, la mandoline, et le oud qui, en particulier pour les deux premiers entre 1900 et 1950, ont rivalisé en popularité avec la guitare avant que le rock dicte son choix. L’autre raison me semble tout simplement ergonomique. Ces musiciens ne trouvaient pas leur savoir dans les méthodes et pour la plupart n’apprenaient pas à lire la musique (l’utilisation alternée des allers et des retours facilite le déchiffrage). La guitare était un instrument festif avant d’être un instrument de torture générateur de tendinite. Même si il y a toujours eu des virtuoses, l’apprentissage était beaucoup moins intellectualisé et les questions métaphysico-guitaristiques de gurus comme Mick Goodrick étaient impensables. La technique devait permettre de faire face à des situations d’urgences festives, sans répéter, à froid, sur du matos mal réglé, de grosses cordes pour jouer "live" dans des cafés, clubs etc…. Bref, la technique devait être efficace, directe et économe, en un mot : naturelle. Le "sweeping" de Gambale n’a fait que conceptualiser une approche qui n’avait rien de révolutionnaire.

Testez votre approche technique sur l’exercice "latino" que je vous propose, d’abord sans regarder les recommandations sur les allers-retours puis comparez avec mes suggestions. Une fois l’exercice maîtrisé, regardez votre jeu de main droite dans une glace et si vous avez l’impression de voir "un vieux", vous êtes sur la bonne voie !

Exercice (mp3)

Le médiator porte bien son nom : médiateur entre le guitariste et son instrument, chacun s’accomode à sa façon de cet intermédiaire encombrant , anti-naturel pour beaucoup. Certains comme Jeff Beck l’abandonnent, mais pour d’autres c’est un élément indispensable du style. Django serait il Django sans son médiator et sa technique d’allers-retours ?